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Consultations juridiques : Wengo dans le collimateur du barreau de Paris

Par Jon Helland | LEXTIMES.FR |

On attendait la mise à bas de sites pirates et autres braconniers du droit et c’est un site, à l’apparence « fort respectable »revendiquant la collaboration de quelque 90 Maîtres ayant pignon sur rue et mettant en avant « compétences et disponibilité » après avoir fourni leurs cartes professionnelles, créé il y a environ quatre ans avec l’assentiment du Conseil national des barreaux (CNB), qui semble faire l’objet d’une enquête ordinale.

La commission publicité, démarchage et communication du barreau de Paris a adressé aux 42 avocats parisiens présents sur la plate-forme Wengo une lettre-circulaire leur indiquant avoir été chargée d'établir un rapport sur « la conformité [aux règles déontologiques de la profession] de l'intervention des avocats référencés sur [cette] plate-forme »

La plate-forme Wengo est-elle compatible avec les règles déontologiques, se demande le barreau de Paris

« Nous allons entendre les organisateurs de ce site », écrivent les deux membres du conseil de l'ordre, Emmanuelle Hoffman-Attias et Basile Ader, signataires de cette lettre-circulaire dont LexTimes.fr s'est procuré une copie, mais « nous souhaiterions, poursuivent-ils, que vous nous confirmiez, puisque vous êtes référencé sur ce site, que vous intervenez bien par ce truchement »(sic !).

Suivent cinq questions : « Comment êtes-vous rémunéré par le site ? »« Avez-vous fixé vous-même votre tarif par minute ? »« Ce tarif vous est-il intégralement reversé ou le bien le site Wengo en conserve-t-il une partie ? »,« Avez-vous été amené à payer un abonnement avec Wengo et si oui, de quel montant pour y être inscrit comme "expert" ? » et « Quelles mesures avez-mis en œuvre pour garantir la confidentialité des échanges et l'absence de conflit d'intérêts ? », auxquelles les avocats référencés sont invités à répondre.

Le service Wengo aurait obtenu l'aval du CNB, selon un des 42 avocats parisiens présents sur la plate-forme

« J’ai informé, fin 2009, mon bâtonnier par lettre recommandée avec accusé de réception de ma présence sur cette plate-forme et le Conseil national des barreaux a par ailleurs autorisé la mise en place de widgets Wengo sur la page d’accueil des blogs des avocats présents sur la plate-forme avocats.fr et surwengo.fr », confie l’un des 42 avocats destinataires de la missive qui souhaite garder l’anonymat. « Si la plate-forme Wengo n’est pas conforme aux principes déontologiques de la profession, s’étonne un autre des 42 qui dit ne pas avoir l’intention de répondre aux cinq questions, il aurait mieux valu que des membres du conseil de l’ordre la teste en s’y inscrivant pour en apprécier la conformité ou non aux règles de la profession au lieu d’espérer que des avocats vont éventuellement, le cas échéant, s’auto-incriminer ».

La société Wengo, une sous-filiale du groupe de médias et télécommunications Vivendi [FR0000127771, VIV] via sa filiale SFR, dit regrouper quelque 2 000« experts » dans neuf disciplines différentes, dont 90 avocats « disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour répondre à [des] questions juridiques », principalement par téléphone et, accessoirement, par écrit « à un tarif par minute ou forfaitaire déterminé par l'avocat », selon des sources différentes concordantes. Wengo se définissant comme « un courtier en ligne » mettant à disposition « un service de communauté reposant sur une plate-forme de mise en relation [... des] membres souhaitant fournir des prestations en ligne [aux ...] membres souhaitant avoir accès à ces prestations ».

Wengo a absorbé juritravail.com et net-iris.fr ces derniers mois

Wengo n'est pas la seule plate-forme à « offrir » des « services juridiques en ligne » dits « de qualité », une jeune journaliste du mensuel Capital a publié il y a quelques mois une enquête1  sur « les six principales plate-formes d'experts »juridiques et LexTimes.fr lui avait consacré un papier critique2 .

Depuis cette enquête, Wengo fait une course à la taille critique pour dominer le marché et faire des économies d'échelle. Elle a ainsi absorbé, au début de cette année, juritravail.com qui était classé numéro 1 par Capital et, le mois dernier,net-iris.fr qui ne figurait pas dans le classement du mensuel. Il y a manifestement une demande, un marché, et il convient sans doute de s'assurer que la prestation demandée et fournie via un courtier en ligne soit conforme aux principes qui régissent la profession.

  • 1« Que valent les conseils financiers et juridiques par téléphone ? », Pauline Janicot, Capital, n° 245, févr. 2012, p. 106.
  • 2« Avocats on line: Une journaliste-juriste débutante de Capital a testé les 6 principales plates-formes », Alfredo Allegra, 27 janv. 2012.

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