Discriminations : Les politiques français plus bavards sur Fergusson que sur les violences policières en France

Stop le contrôle au faciès.fr

Le collectif Stop le contrôle au faciès a dénoncé vendredi les hommes politiques français, Christiane Taubira en tête, qui s'indignent des violences policières aux États-Unis et ignorent ce phénomène en France. 

« Ce qui nous met en colère aujourd'hui, c'est que Mme Taubira s'indigne de ce qui se passe aux États-Unis, que les médias français parlent d'un meurtre raciste impuni à Ferguson, alors qu'en France aussi cela existe, mais le problème n'est pas traité ni évoqué », a déclaré, au cours d'une conférence de presse à Paris, Amal Bentounsi, membre du collectif et sœur d'Amine Bentounsi, tué par un policier d'une balle dans le dos en avril 2012.

La ministre de la Justice Christiane Taubira s'est vivement indignée la semaine dernière, sur son compte Twitter, de la décision prise aux États-Unis de ne pas poursuivre un policier blanc qui avait tué en août un jeune Noir à Ferguson (Missouri, centre). 

« Depuis Malik Oussekine il y a presque 30 ans, rien n'a changé. Mme Taubira devrait s'indigner de ce qui se passe en France au lieu de s'indigner de ce qui se passe aux États-Unis », a poursuivi Amal Bentounsi. Le 6 décembre 1986, un étudiant de 22 ans qui sortait d'un club de jazz, Malik Oussekine, mourait à Paris, victime d'une bavure policière, en marge de manifestations étudiantes contre un projet de réforme universitaire. 

« On sait quelles sont les populations qui sont touchées par les violences policières, ce sont majoritairement des Noirs, des Arabes, des Roms qui meurent. L'ignorer, c'est mépriser ces populations, mais aussi créer de la peur et du ressentiment contre la police », a souligné Sihame Assbague, une porte-parole du collectif. 

Le collectif a publié vendredi une tribune sur mediapart.fr, jugeant qu'« aujourd'hui comme hier, en France comme aux États-Unis, la police tue, en toute impunité ». D'après ses chiffres, depuis la mort de Michael Brown à Ferguson en août, neuf personnes sont mortes en France « sous les coups de poing, de balles ou de Taser des forces de l'ordre », dont le militant écologiste Rémi Fraisse fin octobre. 

Un rassemblement contre les violences policières est notamment prévu samedi à 14 heures sur l'esplanade du Trocadéro à Paris. Mercredi, plusieurs associations dont Human Rights Watch France et le Syndicat de Magistrature avaient publié une tribune dans Libération estimant que « deux ans après l'élection de François Hollande, aucune mesure sérieuse n'a été prise pour réduire le nombre des contrôles d'identité discriminatoires et s'assurer que la police fasse usage des pouvoirs qui lui sont conférés d'une manière respectueuse des droits fondamentaux des personnes ».