Élections ordinales 2022 : Deux candidats se mettent en scène

Le tribunal des objets, Frédéric Bibal et Héléna Christidis, au théâtre des Trois Baudets, à Paris, 19 nov. 2022.
Le tribunal des objets, Frédéric Bibal et Héléna Christidis, au théâtre des Trois Baudets, à Paris, 19 nov. 2022.

Le conseil de l’ordre du barreau de Paris, composé de 42 membres élus au scrutin majoritaire à deux tours, se renouvelle, à l’instar mutatis mutandis du Sénat américain, par tiers tous les ans et parmi les 22 candidats sollicitant les suffrages de leurs pairs cette année, se présentant, parité oblige, en binômes femme/homme ou homme/femme — en tenant compte de l’ordre protocolaire et de la date de prestation de serment mais sans considération aucune quant à la race, la couleur, le genre, l’orientation ou la préférence sexuelle des uns et des autres — et briguant les 14 postes à pourvoir, lors des élections qui se dérouleront les 29 novembre et 1er décembre 2022, deux candidats, Frédéric Bibal et Héléna Christidis, se démarquent du lot en se mettant en scène, samedi dernier, au théâtre des Trois Baudets, à Paris, dans le 18e arrondissement, et sont parvenus ainsi à attirer sur eux l’attention de LexTimes.

bibal.jpgDans l’ordre de la date de prestation de serment précédemment évoqué, on doit commencer par Frédéric Bibal, diplômé de Paris-XII, 51 ans, 4 enfants, est inscrit au barreau de Paris depuis septembre 1996 et revendique une spécialisation en « droit du dommage corporel ». Ancien secrétaire de la Conférence (1998), il a créé, fin décembre 2016, sa propre micro-structure « Cabinet Bibal », sous la forme d'une Selàrl (société d'exercice libéral à responsabilité limitée) à associé unique au capital de 10 000 euros, et avec quatre collaborateurs, sa structure possède, au terme de son cinquième exercice fiscal clos à fin décembre 2021, 618 237 euros de fonds propres et un total de bilan de 1 069 895 euros, soit un endettement relativement élevé de 451 658 euros, dont 260 195 euros de dettes fiscales et sociales. christidis.jpg Quant à Héléna Christidis, diplômée de Paris-X, 42 ans, 2 enfants, elle est avocate depuis février 2006 et a une activité dominante en droit pénal sans toutefois en être une « spécialiste ». Aucune donnée financière n’est disponible car elle exerce à titre individuel mais elle est néanmoins membre, avec Claire Doubliez, d’une Aarpi (association d'avocats à responsabilité professionnelle individuelle) « Doubliez Christidis Associés », avec qui elle partage une collaboratrice, qui est elle-même membre d’un Gie (groupement d'intérêt économique) « Defence ». Outre leur éloquence et le sens de la répartie qui ne peuvent décemment leur être contestées, Mes Bibal et Christidis, unis à l'occasion de cette course au fauteuil ordinal, ont aussi en commun — 26 ans et 16 ans respectivement après avoir promis (voire juré pour ce qui concerne Me Bibal qui est par ailleurs vice-président du « Groupe Catholique du Palais ») d'exercer leur sacerdoce, avec « dignité, conscience, indépendance, probité et humanité » — qu'ils officient dans des toutes petites structures fort sympathiques à taille humaine.

Ils se sont connus, expliquent-ils dans leur profession de foi et dans la petite brève vidéo YouTube réalisée avec le concours des services du barreau, il y a six ans, lors des attentats du 13 novembre 2015, en prenant « une part active dans la coordination de plus de 300 avocats de victimes », et ce qui leur tient plus particulièrement à cœur est de restaurer le lien avec les interlocuteurs, l'unité de la profession et le rayonnement du barreau. Paroles, paroles,... De là à ce qu'ils briguent, de concert ou non, les bâtonnat et vice-bâtonnat dans dix ou vingt ans, il n'y a qu'un pas car ces thèmes de campagne séculaires relèvent davantage du général que du lieutenant.

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Héléna Christidis et Frédéric Bibal, et au premier plan, les deux accusés, l'Urne et le Bulletin. Photo Jon Helland pour LexTimes.

Toujours est-il que pour faire braquer les feux des projecteurs sur eux dès maintenant, les deux impétrants qui n'ont apparemment guère froid aux yeux, en expert judiciaire pour le premier et en présidente de cour d’assises pour la seconde, ont donc sagacement ressuscité le tribunal des objets dont les deux premières et uniques audiences avaient eu lieu, il y a un peu plus de quatre ans, au théâtre de la Comédie Italienne, à Paris, les 7 avril et 5/6 juillet 2018. Pour cette troisième audience tout-à-fait exceptionnelle, flanqués de quatre (ex-)confrères (Serge Perez en avocat général et Carine Chassol en défenseure de monsieur le Bulletin, Anne-Sophie Laguens en avocate générale et Edmont-Claude Fréty en défenseur de madame l’Urne) et avec Yves Postic au piano et les deux petits de la présidente en policiers introduisant les deux accusés, nos deux futurs membres du conseil de l’ordre de Paris, si Dieu et Allah le veulent bien, ont vu grand et le résultat est tout simplement grandiose et sublime en tous points théâtralement parlant.

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De g. à d., Serge Perez, Anne-Sophie Laguens, Frédéric Bibal, Héléna Christidis, Edmont-Claude Fréty et Carine Chassol. Photo Jon Helland.

Petit bémol toutefois pour le cocktail — qui a suivi le spectacle — dont d'aucuns attendaient bien beaucoup plus et qui malheureusement s’est révélé être relativement médiocre et insignifiant compte tenu du nombre très élevé de personnes entassées dans un espace fort minuscule avec un tout petit nombre de canapés à se mettre sous la dent et une seule personne — totalement dépassée, a-t-il semblé — pour servir vins, cocktails et autres jus à un prix totalement exorbitant oscillant entre 100 et 200 euros, c'est cher même si c'était de la fausse monnaie.

Sont également en lice pour ces 14 fauteuils à pourvoir : Marie-Aimée Peyron et Basile Ader, Stéphane Bruschini-Chaumet et Stéphanie Encinas, Nathalie Schmelck et Amaury Sonet, Patricia Simo et Christian Dargham, Fadela Houari et Benoît David, Grégory Saint-Michel et Géraldine Vallat, Bénédicte Graulle et Emmanuel Mercinier-Pantalacci, Thibault de Saint-Sernin et Laetitia Lencione, Samuel Sauphanor et Joëlle Monlouis, et Antoine Lafon et Nejma Labidi, à qui il ne reste que quelques jours ou heures pour se manifester et envoyer leurs invitations encore plus exceptionnelles et dignes d'intérêt pour mobiliser blasés, incompris, insoumis et tous les autres qui ne votent plus — parce que cela ne sert à rien — depuis plusieurs années ou décennies.