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ISF : Macron ne convainc pas sur son patrimoine et en même temps…

Par Alfredo Allegra | LEXTIMES.FR |
Emmanuel Macron, l'Emission politique, 6 avril 2017. Capture d'écran. Emmanuel Macron, l'Emission politique, 6 avril 2017. Capture d'écran.

Le favori des sondages et le candidat hyper-préféré des Français si, par malheur, Marine Le Pen devait, elle et lui, parvenir, ensemble, à franchir le premier tour de l’élection présidentielle était l’invité hier de l’Émission politique de David Pujadas et Léa Salamé sur France 2 et la question de son patrimoine a été incidemment remise sur la table pour la énième fois sans que, une fois encore, Emmanuel Macron ne parvienne à convaincre d’avoir tout dilapider en si peu de temps.

Pour mémoire, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a été destinataire de deux déclarations d’intérêts et de patrimoine de M. Macron, la première lors de sa prise de fonctions au ministère de l’économie au mois d’août 2014 et la seconde il y a deux semaines à l’occasion de l’élection présidentielle en cours.

De l’examen de sa déclaration d’août 2014 à la HATVP, LexTimes avait eu l’occasion de relever que le patrimoine net d’Emmanuel Macron était d’à peine 156 139,88 euros à cette date de fin août 2014 alors que ses revenus — même si l’on fait abstraction des 136 967 € perçus en 2009 en tant que directeur et des 356 095 € perçus en 2010 en tant que gérant à la Banque Rothschild — ont été relativement élevés pour la période du 1er janvier 2011 au 30 avril 2012 : 1 401 153 € pour l’année 2011 et 990 817 € pour les quatre premiers mois de 2012, soit 2 391 970 € ou 149 498,13 € par mois de revenus imposables au cours de cette brève période de 16 mois.

Mais le problème qui turlupine soutiens et opposants est surtout que non seulement l’éventuel futur locataire de l’Élysée n’a pas été en mesure d’épargner un seul centime sur ces 2,39 millions d’euros nets imposables mais, de surcroît, il a dû emprunter pas moins de 1,15 million d’euros pendant cette même période de 2011/2012 : 350 000 € sur 180 mois en novembre 2011 pour financer des travaux dans la résidence secondaire que l’on ne retrouve pas dans sa déclaration de patrimoine pour être un bien propre de son épouse antérieur à leur mariage, un refinancement de 200 000 € en 2012 pour le logement familial acquis en commun en 2007 et qui n’apparaît plus dans sa déclaration de patrimoine de mars 2017, et, enfin, 600 000 € sur 240 mois en novembre 2012 qui semblent avoir servis également au refinancement du logement familial. Le trouble persiste et M. Macron n’a pas fait grand-chose pour le dissiper.

J’ai fait l’objet d’un contrôle fiscal qui s’est soldé par une régularisation de seulement environ 6 000 euros pour trois années, aime à rappeler le candidat à la magistrature suprême, et sur saisine de l’association Anticor, la Haute autorité a eu l’occasion de re-vérifier sa déclaration patrimoniale et elle n’a relevé, a-t-il rappelé, « aucun élément de nature à remettre en cause le caractère exhaustif, exact et sincère de [sa] déclaration » mais, soumise au secret professionnel, la Haute autorité précise toutefois ne pas être en mesure de fournir le détail « des informations recueillies dans le cadre de ces vérifications et contrôles » et c’est ce qui attise encore davantage la curiosité des uns et des autres.

« Voyeurisme », s’est-il écrié pour justifier son refus de clarification de ces « sommes gagnées dans le privé avant qu’il ne soit secrétaire général de l’Élysée et ministre de l’économie » et qu’il estime ne pas avoir à s’en expliquer si ce n’est que cela aurait, dans un sursaut de « finissons-en à présent et passons à autre chose », servi à rembourser divers prêts contractés. Or, selon les éléments disponibles précités, ce ne sont pas des remboursements que l’on relève dans sa déclaration de patrimoine mais un endettement supplémentaire pas très « compréhensible » de 1,15 million d’euros au cours de cette période 2011-2012.

N’empêche, l’un des six thèmes de son Contrat avec la Nation étant « le renouveau démocratique » par lequel il veut « moraliser et responsabiliser la vie publique », il pourrait s’appliquer à lui-même la transparence qu’il entend mettre en œuvre et exiger des autres. Il n’a donc pas convaincu hier soir sur ce point qu'il risque de traîner comme un boulet mais, en même temps, compte tenu des deux principales offres à droite par deux mis en examen et des deux offres principales à gauche trop à gauche pour la majorité des Français, le bel Emmanuel, au visage d’ange et au sourire éclatant, devrait rester le favori et pourrait, malgré tout, faire bientôt son entrée au 55 de la rue du Faubourg Saint-Honoré.

 

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