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Primaire LR : Le stagiaire du Point et les ploucs de Sarkozy

Par Alfredo Allegra | LEXTIMES.FR |
Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs, Nicolas Sarkozy. Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs, Nicolas Sarkozy.

« Un mélange d’analphabétisme et de malveillance a mis fin [au] principe de bonne foi [qui] faisait partie de la courtoisie la plus élémentaire », se plaint un chroniqueur du Point qui s’en prend méchamment à l’Obs d’avoir rapporté des propos off de Nicolas Sarkozy à des journalistes de l’AFP concernant son électorat « plouc » et regrette le temps où « on ne faisait pas semblant de ne pas comprendre, on ne rapportait pas les propos d’un interlocuteur en en transformant le sens ».

Lors d’un déjeuner, mardi 18 octobre, avec des journalistes de l’Agence France Presse (AFP), le candidat à la primaire LR dite de la droite et du centre a dit « Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs » ainsi que quelques amabilités bien senties à l’encontre de Marine Le Pen qu’il a qualifiée d’ « épaisse », « vulgaire » et « dépressive ». La candidate frontiste à l’élection présidentielle semble avoir superbement ignoré les insultes indirectes mais, en revanche, l’ancien chef de l’État a vainement exigé que l’AFP « retire » ou « démente » les propos qui lui étaient prêtés et rapportés par l’Obs quelques jours plus tard.

Dans un articulet à trois mains mis en ligne vendredi 21 octobre à 18h22, signé David Le Bailly, Julien Martin et Maël Thierry, l’hebdomadaire ancré à gauche, avec une accroche « Un candidat ne devrait pas dire ça… », titre en effet « Nicolas Sarkozy : "Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs" », en faisant état de « plusieurs sources » non identifiées et en précisant que l’AFP « confirme le déjeuner » sans vouloir faire « de commentaires sur des propos off ».

L'affaire aurait pu en rester si le Point avait ignoré les suppliques de son candidat et ne s'était mis en tête de donner à l'Obs la leçon de déontologie qui lui faisait défaut.

Les propos off sont confirmés par le Point mais, sous la plume de l'un de ses tout jeunes collaborateurs dont la carte de presse porte sans doute encore la mention « stagiaire », Charles Consigny, 27 ans, l'hebdomadaire ancré à droite explique, dimanche 23 octobre à 09h14, que les propos de Sarkozy ont été « détournés ».

Selon les explications fournies par l'hebdomadaire détenu par la famille Pinault via la holding Artémis, le candidat à la primaire LR a certes évoqué les gens qui votent pour lui en les qualifiant de « ploucs » mais il fallait comprendre que ce n'est pas « lui-même [qui] les méprise mais les journalistes qui lui faisaient face lors de ce déjeuner [qui] méprisent ce peuple qui regarde le 13 heures de TF1, qui ne veut pas de burkinis sur les plages de Juan-les-Pins, qui voit dans la Rolex un désirable symbole de réussite, et qui a voté et revotera peut-être "Sarko" ». Mais pourquoi perd-il son temps à déjeuner avec des journalistes insoumis qui, de surcroît, méprisent lui et son électorat ? 

Cette précision apportée, le stagiaire du Point se lance dans une longue diatribe pour dénoncer cette polémique qui est « un nouvel épisode de la guerre que les Bobos livrent au peuple » car en reprenant telle quelle la phrase « Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs », l'Obs a fait preuve de « mauvaise foi et de malveillance, de même que les journalistes de l'AFP qui ont confirmé ces propos à l'hebdomadaire sans restituer l'intention dans laquelle ils ont été tenus ». Mais de qui se moque le Point pour laisser publier pareille ânerie ?

Meurtri au plus profond de lui-même par ce coup bas porté à son candidat, le jeune journaliste considère que ces détenteurs de cartes de presse « trahissent — ni plus ni moins — le mandat que leurs lecteurs leur confient, puisque ces derniers attendent des journaux qu'ils fassent preuve d'un minimum d'objectivité ».

La raison de tant de haine pour Nicolas Sarkozy de la part des « Bobos qui composent les rédactions françaises » est, croit savoir Charles Consigny, « précisément qu'il [Nicolas Sarkozy] est lui-même, à leurs yeux, un plouc ». Un plouc, détaille le Point, qui aime le luxe, les montres, la réussite, Neuilly au lieu du canal Saint-Martin, la Côte d'Azur au lieu de l'agrotourisme,... un plouc ordinaire comme les autres, comme ses électeurs, qui n'aime ni le Festival d'Avignon ni les expos ineptes parisiennes, ni les films grotesques que produit le cinéma français ni les théâtres assassinés par le snobisme ni les blagues de Charline Vanhoenacker,... Une guerre de plumes dans un verre d'eau, en somme, pour un plouc qui n'en vaut pas la peine.

Plouc, adjectif et nom, désigne les habitants des localités bretonnes commençant par plou-. Familièrement, un plouc est, selon la définition qu'en donne le Larousse, une personne qui a « une allure maladroite et gauche d'un paysan endimanché, qui ignore les usages ».

 

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