Lecture : L'analphabète

L'Analphabète, à l'Artistic Théâtre. Photo Marion Duhamel.
L'Analphabète, à l'Artistic Théâtre. Photo Marion Duhamel.

« L'analphabète », lecture par Catherine Salviat du récit autobiographique éponyme (Éd. Zoé, 2004) d'Agota Kristof (1935-2011). À l'Artistic ThéâtreArtistic Théâtre, 45 bis rue Richard Lenoir, Paris-11e. M° Voltaire. Du mardi au dimanche, horaires variables. 30 €. Rés.: 01 43 56 38 32. . Jusqu'au 28 décembre 2019. 60'.

« Qui ne sait ni lire ni écrire » est traditionnellement la définition pour adjectiver ou désigner un analphabète. Il peut ainsi aussi bien être dit ou écrit que « untel est analphabète » mais aussi que « untel est un analphabète », avec toutefois, dans le second cas, une légère connotation péjorative qui peut méchamment désigner quelqu’un qui n’est pas vraiment tout-à-faite analphabète.

Dans le récit autobiographique « l’Analphabète » d’Agota Kristof, petit prodige d’origine hongroise, qui dès l’âge de quatre ans dévorait tous les écrits qui lui passaient sous la main et est sans doute à l’écriture ce que Mozart est certainement à la musique, rien de tel.

Mais déracinée, à 21 ans, de son pays natal lors de l’insurrection de Budapest en 1956, Agota Kristof s’installe, avec son mari et son bébé de quatre mois, à Neuchâtel, en Suisse, où elle découvre pour la première fois la langue française, une « langue ennemie », qui lui fera suer sang et eau et lui demandera de très nombreuses années pour parvenir à l’apprivoiser et c’est ce qui lui fera dire, francophonement parlant, qu’elle était une parfaite « analphabète », à son arrivée en Suisse en 1956.

Trente ans plus tard, en 1986, elle publie son premier roman, « le Grand Cahier », aux éditions du Seuil, après avoir été refusé par Grasset et Gallimard. Le succès est quasi immédiat et décroche même le « Prix littéraire européen » de l’ADELF (Association des écrivains de langue française) ainsi qu’ensuite le Prix Gottfried Keller (2001), le Prix Schiller (2005) et le Prix de l’État autrichien pour la littérature européenne (2008) pour l’ensemble de son œuvre.

Le texte est admirablement servi par Catherine Salviat, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, qui nous fait plonger dans le plus profond de l’intime de l’auteur avec pudeur et émotion et nous tire, à plusieurs reprises, rires et larmes.