Livres : Mortelle transparence

Mortelle transparence

En dénonçant « le culte de la transparence » qui a toutes « les apparences de la morale » avec, à la clé, l’obligation, si vous êtes « un honnête homme », de vous présenter « nu » devant Dieu et devant vos semblables, Denis Olivennes et Mathias Chichportich plaident pour le droit à la vie privée, un jardin secret, qui est, aujourd’hui, attaqué par la « montée en puissance des technologies invasives » et une sorte de « nouvelle morale puritaine de la vertu civique ».

La transparence est devenue totale, se plaignent les deux auteurs dès l’avant-propos de cette Mortelle transparenceMortelle transparence, Denis Olivennes et Mathias Chichportich, Alain Michel, Paris, févr. 2018,192 p., 17 €.. Tout est épié, tout est enregistré, sur notre smartphone, sur notre ordinateur, dans le cloud, dans notre coffre-fort numérique privé ou public. Nos déplacements, nos achats, nos maladies, nos échanges, nos conversations, rien n’échappe, absolument rien, de nos vices et vertus aux Gafam (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) mais aussi à tous les autres, certes plus petits mais tout aussi datavores. Tout, absolument tout, est consigné, que ce soit au bureau, en voiture, sous votre douche ou dans votre lit, tout, absolument tout, est consigné pour le meilleur et pour le pire, de manière indélébile ou presque.

Le secret — qu’il s’agisse du secret défense, du secret des affaires, du secret de l’instruction, du secret professionnel, du secret de la confession ou du secret médical — est appelé à céder ses derniers et ultimes bastions pour faire place à une transparence de plus en plus transparente, au droit de savoir tout de tout, érigée en droit suprême et absolu sur le tribunal populaire que sont devenus les réseaux sociaux.

Cette quête d’une transparence absolue, d’une nudité morale quasi indécente, une dictature de la vertu en somme dans laquelle « la transparence prendrait l’apparence d’une exigence démocratique pour réaliser le rêve du totalitarisme » est-elle inéluctable ou peut-on en contrôler ses excès, est la question à laquelle l’ancien patron de presse et l’avocat pénaliste veulent apporter leur « réflexion » pour susciter un « sursaut citoyen » pour que cette transparence, si faire se peut, ne soit pas mortelle.