One woman show : Roukiata Ouedraogo - Je demande la route

Roukiata Ouedraogo - Je demande la route, au théâtre Lucernaire. Photo Fabienne Rappeneau.
Roukiata Ouedraogo - Je demande la route, au théâtre Lucernaire. Photo Fabienne Rappeneau.

« Je demande la route », de et mise en scène par Stéphane Eliard et Roukiata Ouedraogo. Avec Roukiata Ouedraogo. Au théâtre LucernaireThéâtre Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris-6e. M° Notre-Dame-des-Champs, Vavin ou Edgar Quinet. Du jeudi au samedi à 21h30. 26 €. Rés.: 01 45 44 57 34.. Jusqu'au 2 juin 2018. 80'.

De sa prime jeunesse en Afrique, à Ouagadougou, au Burkina Faso, à son arrivée dans la capitale française et à sa découverte des planches parisiennes via le Cours Florent, et jusqu’à son retour dans son pays en "touriste" ou "quasi star", Roukiata Ouedraogo nous livre, avec son complice Stéphane Eliard qui en assure la co-écriture et la co-mise en scène, sans fard ni complaisance une autre et nouvelle version de ses heurs et malheurs d’ici et de là-bas dans ce quatrième seule en scène « Je demande la route » qui fait suite à « Yennenga, l’épopée des Mossé » (2008), « Ouagadougou Pressé » (2012) et « Roukiata tombe le masque » (2015).

Auto-dérision marquée par une drôlerie mesurée qui fait parfois rire jaune, Roukiata Ouedraogo narre, entre autres, avec une malice non feinte son arrivée à l’aéroport d’Ouagadougou où elle emprunte, pour se rendre chez ses parents, le boulevard Charles de Gaulle et continue quasi tout droit sur l’avenue Georges Pompidou et ensuite sur l’avenue Valéry Giscard d’Estaing, puis tourne à gauche sur le boulevard François Mitterrand avant de bifurquer à droite sur l’avenue Jacques Chirac et, de nouveau, à gauche sur l’allée François Hollande avant de poursuivre, en zigzaguant, à gauche, à droite, à gauche, à droite, sur la toute nouvelle avenue Emmanuel Macron…

Quant au titre du spectacle, il faut savoir que dans certains pays africains, « Demander la route » est une manière fort polie et aimable de prendre congé de quelqu’un qui s’incruste au-delà du temps que vous souhaitez lui consacrer. Jetée à la figure de votre interlocuteur, l’expression lui signifie donc que vous entendez mettre un terme à la conversation, à la rencontre. Une manière, pour Roukiata, de nous signifier peut-être ou sans doute qu’elle a fini par comprendre qu’il est temps de passer à autre chose dans son prochain spectacle.

Bien qu’humoriste professionnel, Stéphane Eliard, co-auteur et co-metteur en scène de ce Je demande la route, n’a pas perçu l’humour au second voire troisième degré contenu dans ce dernier paragraphe et a pris la peine de prendre la plume pour nous signifier, dans un mail reçu dans la matinée de ce mercredi 14, ce que Roukiata Ouedraogo, « consciente que les traditions burkinabé ne sont pas forcément connues du public français », a exactement dit, à la virgule près, lors de son spectacle.

« Ici, a-t-elle donc dit, vous, quand vous voulez mettre un terme à un entretien ou à une visite, vous vous levez et vous dites : "Bon, bah ! Je vais prendre la route". Chez nous, on ne prend pas la route, on la demande. C’est plus qu'une formule de politesse. En fait, ce qu'on demande c'est que "bénédictions de notre hôte nous accompagne" (sic !). Et ton hôte doit refuser ton départ à deux reprises, car s’il accepte dès ta première demande, on pourrait croire qu’il est soulagé de se débarrasser de toi ».

Pour tous les autres qui sont aussi un peu lents, il est donc précisé qu'il fallait simplement comprendre que s'agissant du quatrième spectacle de Roukiata qui tourne autour du même thème ou presque, on en redemande pas un cinquième, ni bien évidemment un sixième, comme le voudrait son "Je demande la route" impliquant qu'on la lui refuse à deux reprises.