Théâtre : Déjeuner chez Wittgenstein, de Thomas Bernhard

Déjeuner chez Wittgenstein, à la Manufacture des Abbesses.
Déjeuner chez Wittgenstein, à la Manufacture des Abbesses. Photo DR.

« Déjeuner chez Wittgenstein » (Ritter Dene Voss, 1986), de Thomas Bernhard (1931-1989), traduction de l'allemand par Michel Nebenzahl (Arche Éd., juin 1990). Mise en scène par Nicolas Lakiotakis. Avec Sophie Lajeunesse, Corinne de Montalembert, Nicolas Lakiotakis et la voix de René Poutou. Au théâtre de la Manufacture des AbbessesThéâtre de la Manufacture des Abbesse, 7 rue Véron, Paris-18e. M° Abbesses ou Pigalle. Du jeudi au samedi à 21h et le dimanche à 17h. 24 €. Rés.: 01 42 33 42 03.. Jusqu'au 22 avril 2018. 85'.

Une des pièces les plus violentes si ce n’est la plus violente du dramaturge autrichien Thomas Bernhard, Déjeuner chez Wittgenstein est un affrontement complice perpétuel entre deux sœurs vieilles filles quinquagénaires bourgeoises qui s’aiment assez mal autant qu’elles se détestent fort bien et qui n’ont jamais quitté la très belle demeure familiale après le décès de leurs parents, elles se disent un peu comédiennes sans avoir jamais joué grand-chose.

Pour ce déjeuner auquel LexTimes était convié jeudi dernier à la Manufacture des Abbesses, l’aînée avait ramené à la maison, pour la énième fois, malgré les objections de la cadette, le petit frère qui se dit philosophe à ses heures perdues et séjourne volontairement à l’hôpital psychiatrique de Steinhof, à Vienne, en Autriche, après avoir fait un périple en Angleterre et ensuite en Norvège.

De la soupe aux profiteroles, les trois sœurs et frère ennemis et amants de toujours vont philosopher et discutailler jusqu’à bien au-delà de l’excès et de ce qui est admis comme convenable sans que l’on sache en fin de compte ni comprenne exactement lequel des trois est en fait le plus fou voire même s’il y en a un des trois qui soit un peu plus sain que les deux autres. Ex-æquo, dira-t-on.

Génie, folie, famille, haine, inceste, autant de thèmes qui constituent la trame de cette « comédie dramatique » autobiographique dont Nicolas Lakiotakis, qui incarne le petit frère Ludwig et signe la mise en scène, s’est pleinement emparé pour son plus grand plaisir, devine-t-on.