Théâtre : Du bonheur de donner

Du bonheur de donner, au théâtre Lucernaire. Photo Yves Poey.
Du bonheur de donner, au théâtre Lucernaire. Photo Yves Poey.

« Du bonheur de donner », inspiré de l'œuvre de Bertold Brecht. De et avec Ariane Ascaride et, à l'accordéon, David Venitucci. Au théâtre LucernaireThéâtre Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris-6e. M° Notre-Dame-des-Champs. Du mardi au samedi à 19 h et le dimanche à 16 h. 28 €. Rés.: 01 42 22 66 87.. Jusqu'au 5 mars 2023. 70'.

Dans le plus pur style brecthien de « distanciation » fait de maximes, apartés et intermèdes chantés, Ariane Ascaride — élève de Marcel Bluwal (1925-2021) au Conservatoire de Paris et disciple inconditionnel de Bertolt Brecht (1898-1956) avant même de connaître son existence pour avoir fredonné dès l’âge de 13 ans le refrain d’une chanson extraite de « Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny » — veut, avec ce « Bonheur de donner », rendre hommage au premier et réhabiliter le second souvent présenté, selon elle, comme injustement « austère, sérieux et théorique » alors qu’ayant « éclairé certains moments de [sa] vie » et en relisant « beaucoup de ses poésies », elle a découvert toute l'étendue de sa bienveillance, son humour et son sens du spectacle qu’elle ambitionne, a-t-on compris, de nous faire partager avec David Venitucci qui, lui, manie l’accordéon comme nul autre.

Du bonheur, Ariane Ascaride a indubitablement l’habitude d’en donner en veux-tu en voilà à tout un chacun, que ce soit sur les planches, à la ville ou en privé mais là c’est vrai, pourtant, que Bertolt Brecht c’est un peu austère, sérieux et théorique et qu’il faut tout son talent d'actrice sexagénaire aguerrie pour donner au grand dramaturge apatride quelques couleurs et un peu de bonheur qu’elle nous jette à la figure même lorsque le cœur n’y est pas en évoquant le non-bonheur de donner de la putain ou de la strip-teaseuse.

La morale de tout cela est bien sûr ailleurs : L’affaire du théâtre a toujours été de divertir les hommes. Il n’y a aucune contradiction entre divertir et instruire, car il y a plaisir d’apprendre. Un théâtre dont on ne rit pas est un théâtre dont on doit rire, dixit Brecht, qu’elle rappelle et met en exergue de son spectacle.

Et comme c’est mieux et plus facile de partager le bonheur en famille, le producteur de la pièce est… Agatfilms qui, comme son nom l’indique, produit — depuis 35 ans — des films et où son mari, Robert Guediguian, qu’elle a épousé en 1975, y officie et c’est ainsi, précise le dossier de presse, que « l’idée d’Ariane Ascaride de montrer Brecht sous l’angle de sa bienveillance » a paru « nécessaire » à toute la troupe d'Agatfilms pour qui c’est la toute première production théâtrale. Merci Robert, merci Ariane de nous avoir ouvert les yeux sur la bienveillance de Bertolt Brecht et de nous donner tout ce bonheur.