Théâtre : Final cut

Final cut, au théâtre de Belleville. Photo Marie-Françoise Plissart.
Final cut, au théâtre de Belleville. Photo Marie-Françoise Plissart.

« Final cut » (2018), récit autobiographique et mise en scène de Myriam Saduis. Avec elle-même et Pierre Verplancken, en alternance avec Olivier Ythier. Au théâtre de BellevilleThéâtre de Belleville, 16 passage Piver, Paris-11e. M° Belleville. Du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h. 26 €. Rés.: 01 48 06 72 34.. Jusqu'au 27 novembre 2022. 90'.

Italo-tunisienne née en France, à Dijon, à l’automne 61 d’un amour transgressif, il aura fallu près de six décennies à la petite bâtarde Meriem Saâdaoui — devenue Myriam Sadouis à l’adolescence par la volonté de sa mère de « la mettre à l’abri » et de « la protéger », en tentant de réduire ainsi à néant ou presque cet amour transgressif auquel elle n’aurait jamais dû céder et auquel elle s’en veut d’avoir cédé — pour accoucher récemment au forceps, en 2018, de ce Final CutLe terme « Final cut » est un anglicisme qui désigne le montage définitif ou le montage final d'un film cinématographique et par extension, selon Myriam Saduis, « le droit moral de décision sur la narration » de ce texte. autobiographique à la faveur de quelques lettres retrouvées de son père « disparu » lorsqu’elle n’avait que 3 ans et dont elle ne prendra connaissance qu’après le décès de sa mère.

Un retour en arrière aussi pénible que jouissif qui va lui permettre de se construire, ou plutôt se reconstruire, en découvrant et en acceptant ses origines tunisiennes, africaines, qui lui faisaient défaut et comprendre la folie dans laquelle était enfermée sa mère malgré elle et sa propre folie qu’elle est parvenue, croit-on comprendre, à dompter, à maîtriser.

Il ne s’agit pas, vous l’avez fort bien compris, d’un « spectacle » ni d’une « performance », nous dit Myriam Saduis dans la note d’intention qui accompagne cette « intervention » que l’on peut qualifier d’artistique ou de poétique et qui ouvrirait « un certain champ », en équilibre instable, « entre une conférence historique et le récit comique d’une vie », de sa vie qu’elle est enfin parvenue à apprivoiser.

Myriam Saduis - qui ne sera sans doute totalement elle-même que lorsqu’elle aura conquis le droit à redevenir pleinement Meriem Saâdaoui - est admirable dans cette « intervention » dont on lui souhaite ardemment de pouvoir, à présent, rapidement en sortir et tourner la page pour d'autres aventures artistiques.