Théâtre : King Kong Théorie, de Virginie Despentes

King Kong Théorie, au théâtre de l'Atelier. Photo François Bertier.
King Kong Théorie, au théâtre de l'Atelier. Photo François Bertier.

« King Kong théorie » (2014), de Valérie de Dietrich et Vanessa Larré, d'après l'essai éponyme (Grasset, Paris, oct. 2006, 162 p. 15,20 €) de Virginie Despentes. Mise en scène par Vanessa Larré. Avec Anne Azoulay, Marie Denarnaud et Valérie de Dietrich. Au théâtre de l'Atelier.Théâtre de l'Atelier, 1 place Charles Dullin, Paris-18e. M° Anvers. Du mardi au samedi à 21h. 33€. Rés.: 01 46 06 49 24. Jusqu'au 7 juillet 2018. 75'.

Trois femmes, quinquagénaires, au profil dissemblable et au discours identique, ont, toutes trois, vécu, il y a une trentaine d’années, le même calvaire d’avoir, chacune à un moment donné de leur vie, été violées par un mâle qui les a prises en stop pour avoir été en mini-jupe ou avoir eu une attitude jugée provocante et une fois remises de leur traumatisme physique et psychique, sont devenues des prostituées tarifées contentes de l’être au lieu de se faire engrosser et entretenir par une seule et même personne pour cent fois moins, avant de finir par basculer et faire l’éloge de la pornographie.

Ainsi sommairement résumée, cette adaptation théâtrale fidèle de l’essai autobiographique King Kong Théorie de Virginie Despentes plaide, avec ses mots crus voire parfois carrément vulgaires, pour une autre « féminité » et un rapport différent entre les hommes et les femmes et entre les femmes elles-mêmes mais apporte également « sa » solution propre pour endiguer radicalement le viol — qui serait un risque directement lié au seul fait d’être de sexe féminin — consistant à se mettre préventivement « un cutter dans la chatte » pour lui sectionner la zigounette en cas d’intrusion non désirée ou à prendre « 20 kilos pour sortir du marché sexuel », les « grosses » n’apprécieront sans doute que très modérément. De même que les femmes mariées ou soumises — qu’elles soient minces ou grosses, belles ou laides, grandes ou petites, blanches ou noires — qui n’ont pas compris que la vraie violence faite aux femmes est le mariage et non la prostitution.

Au-delà de certains clichés faciles, ce qui dérange sans doute dans cette vision rabougrie de la société et du monde, c’est probablement la généralisation des comportements humains par le prisme d’un ou de quelques cas particuliers désastreux alors qu’il y a certainement, ici et ailleurs, moult femmes mariées un peu beaucoup passionnément heureuses et comblées et qu’on peut aussi trouver, à l’inverse, des prostituées un peu beaucoup énormément malheureuses. En tout cas, nos trois lascars, Anne Azoulay, Marie Denarnaud et Valérie de Dietrich, qui revendiquent et assument une part de virilité, sont, dans leur rôle de composition ou non, étymologiquement parlant, extraordinaires dans leur revendication d’une sexualité différente.

Le titre, quant à lui, fait référence à la créature du film de Peter Jackson sorti en 2005 qui est, selon Valérie Despentes, « comme la métaphore d’une sexualité d’avant la distinction des genres telle qu’imposée politiquement autour de la fin du XIXe siècle. King Kong est au-delà de la femelle et au-delà du mâle. Il est à la charnière, entre l’homme et l’animal, l’adulte et l’enfant, le bon et le méchant, le primitif et le civilisé, le blanc et le noir. Hybride, avant l’obligation du binaire […] ». Déconseillé aux moins de 15 ans.