Théâtre : Le captif, l'enfant du placard

Le captif, l'enfant du placard, au théâtre la Manufacture des Abbesses.
Le captif, l'enfant du placard, au théâtre la Manufacture des Abbesses.

« Le captif, l'enfant du placard » (2017), du texte éponyme (2013) d'Olivier Sourisse. Mise en scène par Frédéric Fage. Avec Hugo Miard (Clara et Cléo). Au théâtre la Manufacture des AbbessesThéâtre la Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris 18e. M° Blanche, Abbesses ou Pigalle. Du mercredi au samedi à 19h. 24 €. Rés.: 01 42 33 42 03.. Jusqu'au 30 décembre 2017. 45'.

Cette pièce retrace la dernière heure de captivité d’un enfant transgenre, Cléo ou Clara ou les deux ou une personne sans identité définie, juste le Captif, confiné par ses parents depuis sa plus petite enfance dans un espace minuscule. Basée sur le long calvaire vécu par David Bisson, né en 1970 et sorti de son placard en 1982, la trame de cette pièce a été reconstituée, nous dit l’auteur, Olivier Sourisse, grâce aux travaux sur le sujet dus au psychanalyste Serge Hefez.

Huit ans de mauvais traitements ininterrompus, de 4 à 12 ans, David ne mange que les restes des autres et ses propres vomissures et a pour couche successivement un coin de la salle de bains ou du hall d’entrée avant d’atterrir dans le cabinet de toilette ou sous le sommier de ses parents et, finalement, la dernière année, dans un placard d’un mètre sur deux jusqu’au jour où sa folcoche de mère oubliera de fermer le réduit à clé et lui permettra ainsi finalement de découvrir la lumière et la vie.

Au procès de sa mère-bourreau, en 1985, il n’accable pas cette femme indigne qu’il devrait pourtant détester de toutes ses tripes pour avoir été martyrisé et traité moins bien qu’un chien pendant dix longues années comme avait été, elle-même, martyrisée et qui ne sera en définitive condamnée qu’à sept années de prison grâce à une petite phrase incroyable — à la demande de son demi-frère Laurent qui, lui, avait été cajolé et choyé pour deux — qu’il dira à l’audience : « Je voudrais retrouver ma mère… », un vœu qui ne se réalisera pas mais qu’il couchera sur papier (L’enfant derrière la porte, avec Evangeline de Schonen, Grasset, janv. 1993, 140 p., 12,90 €.) pour tenter de s’en dégager et de se (re)construire.

De cette histoire poignante de L’enfant derrière la porte qui, malheureusement, n’est ni exceptionnelle ni unique, Olivier Sourisse en a fait son Captif que Frédéric Fage met en scène dans un petit espace clos. Replié sur un matelas dans la position du fœtus, torse nu, Cléo/Clara va doucement finir, en moins d'une heure, par se réaliser et percevoir la lumière.