Théâtre : Le Faiseur de théâtre

Le Faiseur de théâtre, au théâtre Dejazet.
Le Faiseur de théâtre, au théâtre Dejazet.

« Le Faiseur de théâtre », d'après le texte (Der Theatermacher, 1984) Thomas Bernhard (1931-1989). Traduction française d'Édith Darnaud (L'Arche Éditeur, Paris, juin 1997). Mise en scène par Christophe Perton. Avec André Marcon (Bruscon), Barbara Creutz (Mme Bruscon), Jules Pelissier (Ferruccio), Agathe L'Huillier (Sarah), Éric Caruso (l'hôtelier) et Manuela Beltran (Erna). Au théâtre DéjazetThéâtre Dejazet, 41 boulevard du Temple, Paris-3e. M° République. Du lundi au samedi à 20h30. De 27 à 42 €. Rés.: 01 48 87 52 55.. Jusqu'au 9 mars 2019.

Bruscon, le « faiseur » de théâtre, un auteur-metteur en scène-comédien prétentieux et tyrannique, a emmené toute sa troupe familiale, sa femme qui tousse en permanence et ses deux rejetons sans talent, Sarah et Ferruccio, jouer sa dernière « création », « la Roue de l’histoire » (Das Rad der Geschichte), dans un minuscule village imaginaire que Thomas Bernhard situe au fin fond d’un bled autrichien, Utzbach.

Arrivé dans l'auberge du village où doit se tenir la pièce le soir même, Bruscon discutaille avec l’hôtelier des préparatifs et insiste lourdement, à plusieurs reprises, sur le fait que les pompiers doivent absolument et impérativement lui permettre, à la fin de la pièce, d’éteindre toutes les lumières, y compris celles signalant les sorties de secours, afin d’obtenir « le noir absolu sans lequel la comédie serait un désastre », ce qui n’est pas sans rappeler l’incident survenu, en 1972, lors de la création de « l’Ignorant et le Fou », au festival de Salzbourg, qui effectivement prévoyait l'extinction complète de toutes les lumières à la fin de la pièce, y compris celles signalant les sorties de secours, et la direction du théâtre ayant refusé, Bernhard en avait interdit toute nouvelle représentation.

Bruscon vitupère plus que nécessaire contre tout et chacun et se plaint plus particulièrement de l'humidité de la pièce, de l’estrade qui menace de s’écrouler et qu’Utzbach, avec ses quelques centaines d’âmes, ne soit bien trop petite pour accueillir dignement son travail « exceptionnel », d’autant plus que la date de la représentation coïncide avec celle du « Blutwursttag » (le jour du boudin) et qu’un bon nombre risque donc de faire faux bond.

« Je n’ai pas souhaité enfermer la représentation dans le décor pittoresque d’une salle des fêtes de l’arrière-campagne autrichienne, entre porcherie, cochons et public xénophobe », explique le metteur en scène Christophe Perton qui dit avoir « préféré laisser à la puissance du verbe de Bernhard l’art de faire exister ce hors champs décrit si savoureusement par Bruscon, sans qu’il soit nécessaire de donner les accents d’une couleur locale à l’espace qui fassent à tout prix "image" ». L’univers visuel du théâtre Déjazet lui a semblé si « prégnant » qu’il a plutôt souhaité « prolonger » l’espace de la salle au plateau pour créer un « effet miroir et mettre en abîme le lieu de la représentation ».