Théâtre : Légende d'une vie, de Stefan Zweig, revisitée

Légende d'une vie, au théâtre le Lucernaire. Photo Olivier Méjane.
Légende d'une vie, au théâtre le Lucernaire. Photo Olivier Méjane.

« Légende d'une vie » (2016), d'après la pièce de Stefan Zweig (Legende eines Lebens, Insel Verlag, 1919). Adaptation et traduction de Caroline Rainette (Édition Étincelle, 2016). Mise en scène et avec Caroline Rainette (Clarissa Von Wengen) et Lennie Coindeaux (Friedrich Franck), et les voix off de Patrick Poivre d'Arvor (Klopfer) et Anne Deruyter (Maria Folkenhof). Au théâtre le LucernaireThéâtre le Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs, Paris-6e. M° Notre-Dame-des-Champs, Vavin, Saint-Placide ou Edgar Quinet. Du mardi au samedi à 18h30 et le dimanche à 15h. 26 €. Rés.: 01 45 44 57 34. . Jusqu'au 26 août 2018. 70'.

À quelques heures de la présentation publique de la première œuvre de Friedrich Franck, le fils du célèbre poète défunt Karl Amadeus Franck, véritable légende vivante disparue portée aux nues par toute sa garde rapprochée, la maison des Franck est sens dessus dessous mais Friedrich semble soudain faire marche arrière, terrifié qu’il est de ne pas être à la hauteur de la renommée de son illustre géniteur et de ne pouvoir se faire un prénom.

Et puis la vérité lui est dévoilée, ce père, tant chéri et adoré par sa mère et que louangé et encensé par sa biographe, n’est en fait pas si extraordinaire que cela et, surtout, il n’est pas ce grand homme que tout le monde connaît et admire.

Il a eu une première vie et au cours de cette précédente vie, il a connu une jeune femme modeste, Maria Folkenhof, une couturière qui lui a donné un enfant mais qu’il n’a pas jugé assez bien ni assez fortunée pour qu’il puisse envisager de l’épouser ou de vivre avec elle et qu’il a donc délaissée pour sa mère, Leonore, une bonne et brave bourgeoise qui lui a permis de s’élever dans la société et de se faire un nom. Un père foncièrement égoïste et calculateur dont Friedrich ne découvre les contours obscurs que tardivement et qui l’amènera à changer de voie pour se réaliser lui-même pleinement, ailleurs et autrement.

Le texte original de Legende eines Lebens de Stefan Zweig est construit en quatre actes et sept personnages mais certaines longueurs, explique Caroline Rainette, adaptatrice-traductrice-metteuse en scène-comédienne de cette Légende d’une vie, « pouvaient en entraver la puissance dramatique ». Il était particulièrement intéressant, poursuit-elle, « de resserrer l’intrigue sur le fils, Friedrich, pour mettre en valeur l’aspect psychologique du propos, traitant avec force et beauté de sujets intemporels et fondamentaux […] Cette version resserrée de l’intrigue a abouti à une adaptation en deux parties (crise identitaire/révélation) et deux personnages sur le plateau ». Un coup de projecteur sur le mal-être du fils qui ne laisse pas insensible.