Théâtre : Parce que je le veux bien

Parce que je le veux bien, à la manufacture des Abbesses. Photo Nabir Merkal.
Parce que je le veux bien, à la manufacture des Abbesses. Photo Nabir Merkal.

« Parce que je le veux bien » (2018), de Bernard Besserglik. Mise en scène par Sylvain Corthay. Avec Christiane Corthay (Liliane Bettencourt). À la manufacture des AbbessesManufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris-18e. M° Abbesses ou Blanche. Du jeudi au samedi à 21h et le dimanche à 17h. 24 €. Rés.: 01 42 33 42 03.. Jusqu'au 13 janvier 2019. 65'.

Clin d’œil malicieux au slogan Parce que je le vaux bien, qui a fait la renommée internationale de la célèbre maison l’Oréal depuis un demi-siècle, Bernard Besserglik prend le parti avec ce texte intitulé Parce que je le veux bien, qui démarre avec la rencontre en 1987 de François-Marie Banier à l’occasion d’une interview pour un magazine féminin mais non sans quelques flashbacks, de tenter de réhabiliter l’héritière milliardaire, Liliane Bettencourt, deuxième fortune de France, dans ses choix de gratifier comme bon lui semblait le photographe-écrivain devenu un ami intime qui lui a procuré pendant vingt ans d’immenses joies intellectuelles et une seconde vie.

D’invitations ou rencontres épisodiques de temps en temps dans des soirées mondaines et de petits dons-prêts-avances limités à des « broutilles » de quelque 250 000 francs [environ 38 000 euros] l’unité pour le développement de sa carrière, les rencontres sont devenues beaucoup plus régulières, tous les samedis de 5 à 6 d’abord et au déjeuner ensuite, jusqu’à se rendre indispensable et les gratifications s’approcher du milliard.

Délaissée par un mari très triste — bien que « gay » pour lorgner les jeunes garçons à Marrakech dès le début de leur mariage en 1950 — et très occupé par la politique qui ne lui laisse pas une seule seconde pour sa famille, Liliane Bettencourt, au crépuscule de sa vie, 65 ans en 1987, va avoir une seconde vie avec François-Marie Banier qui l’emmène partout comme un trophée et lui fait découvrir le tout-Paris pour leur bien commun en regard de quoi, pour elle qui « gagne » 3 millions par jour sans avoir à lever le petit doigt, ces petits cadeaux, tableaux et autres gratifications ne sont rien. « Il m’a fait revivre, il m’a fait jouir », fait dire l’auteur à l’héritière, « même si on n’a pas couché ensemble car il a 25 ans de moins que moi et il est homo comme André » qui a été un « parfait consort ».

Parce que je le veux bien est un bien joli récit sur l’ « amitié amoureuse » entre une grande dame qui a traversé tout le siècle et un saltimbanque qui l’a fort bien divertie et amusée pendant vingt ans, le seul regret étant manifestement ces dix années de médiatisation des procédures judiciaires et ses très mauvaises relations avec sa fille qui n’ont pas permis qu’elle finisse ses derniers jours en paix avec celui qui lui avait tant apporté.

Seule en scène, dans le rôle de La Bettencourt, Christiane Corthay est assez remarquable dans un costume sombre très strict avec pour tout accessoire une écharpe-foulard négligemment nouée, de couleur bleue, qu’elle change à deux reprises, blanche et rouge. Tout un symbole.